Première semaine à Navdanya
Namaste !
Une semaine s’est déjà écoulée à Navdanya (la ferme écologique de Vandana Shiva si vous avez suivi). Mon arrivée le week-end dernier coïncidait avec la fête nationale indienne (Republic Day). Nous l’avons célébrée tous en cercle en chantant des chansons, en récitant des poèmes et bien sûr avec le lever du drapeau. Tout le monde a eu un petit « bindi » dessiné avec du curcuma sur le front. Ça m’a permis de faire tout suite connaissance avec tout le personnel de la ferme, qui est d’ordinaire un peu éparpillé entre les champs, le laboratoire (dans lequel la terre et les cultures sont analysées), la banque de graines…
Le reste du temps ici tout est assez cadré : les plus téméraires se lèvent à 5h47 au son de l’appel à la prière d’une mosquée toute proche, pour les autres réveil à 7h et tisane ayurvédique (qui réchauffe bien car il fait 4/5 degrés le matin et il n’y a pas de chauffage), petit déjeuner à 8h, « morning circle » à 9h (on chante des mantras puis une personne doit lire un texte de son choix, une autre prépare un petit jeu d’équipe et on annonce les tâches de la journée), nettoyage des parties communes puis « sharamdam » : travail dans les champs de 10h à 13h. Déjeuner à 13h, cours à 15h, dîner à 19h et on est en géneral tous couchés à 21h. Le tout ponctué de pauses thé à 11h et 16h.
Dans les champs notre travail consiste pour le moment essentiellement à nettoyer les parcelles, repiquer des plants ou planter dans le jardin expérimental. On peut planter jusqu’à 12 plantes différentes dans une même parcelle. Nous avons par exemple semé ensemble de la moutarde, des oignons, de l’ail, de la coriandre, des radis et des épinards. Sur une autre parcelle on mélange radis et Fenugrec. Pour les initiés le fenugrec est une plante très utile dont on peut manger les feuilles comme les graines. Une fois réduites en poudre les graines sont très bonnes pour les cheveux et ont une odeur assez forte de… curry ! Eh oui, c’est cette poudre que j’utilisais moi même en substitut de mon shampoing. Petite recette indienne de masque pour les cheveux qu’une fermière vient de me donner : mélanger de la poudre de fenugrec avec de l’huile de moutarde, laisser poser une nuit et une journée puis laver les cheveux. Voilà comment avoir une belle chevelure indienne.
Dans notre jardin expérimental on plante du Loufa, une plante qui me fascine car les fruits qui ressemblent à de gros haricots ont une texture très fibreuse. On s’en sert comme éponges naturelles et c’est vraiment formidable.
L’après-midi les cours peuvent porter sur plein de sujets différents comme les plantes médicinales, l’ayurveda, reconnaissance des graines ou des feuilles, cuisine, art, histoire, compost… On apprend des tas de choses et je vous en dirai plus dans un prochain mail.
Ce qui est très intéressant c’est la place des vaches dans l’exploitation. La ferme ne produit que des fruits, légumes, céréales et légumineuses mais les vaches sont essentielles dans ce type d’agriculture écologique : elles aident pour labourer bien sûr mais sont surtout extrêmement utiles pour produire des fertilisants et pesticides naturels, du gaz pour la cuisine (j’ai pas bien compris le fonctionnement mais je redemanderai)… Nous buvons le lait des deux vaches actuellement lactantes. Les veaux sont gardés et élevés avec le reste du troupeau. On a appris à fabriquer des pesticides avec le pipi de vache et 4 types de compost utilisant les excréments (sur 16 méthodes de compostage utilisées ici). L’urine de vache est appelée « élixir de vie ».
À part ça j’essaie de faire connaissance avec une famille de nomades qui s’est installée près de la ferme mais c’est un peu difficile car je crois qu’ils ne parlent pas Hindi. Il y a une grand-mère et deux sœurs qui ont chacune deux enfants.
Demain dimanche pas de Sharamdam, je vais aller passer la journée à Mussoorie dans la montagne avec deux autres volontaires. Nous sommes maintenant 11 volontaires d’horizons différents, dont deux garçons qui sont arrivés hier et qui viennent masculiniser un peu notre petite communauté. Malheureusement, une fois de plus, ce genre d’expérience attire principalement des femmes et c’est vraiment dommage ! À quand plus d’hommes intéressés par la protection de l’environnement et une meilleure égalité des genres ?
À vite,
Lucile
